Fondatrice et présidente d’Almé
Emmanuelle Szerer a commencé en salle de marché. Elle aurait pu y rester. Mais après un changement de vie et un changement de taille, elle découvre un autre marché — beaucoup moins bien servi : celui des femmes auxquelles l’industrie de la mode offre soudain beaucoup moins de choix.
Almé naît de ce constat. Pas pour créer une catégorie « grandes tailles » supplémentaire, mais avec l’idée exactement inverse : faire de la mode, point.
Quitter les marchés pour regarder le sien
Née à Avignon dans une famille d’entrepreneurs, Emmanuelle Szerer commence sa carrière dans la finance de marché. Elle quitte cet univers, revient vers l’entrepreneuriat et découvre aussi, après la naissance de son deuxième enfant, ce que signifie passer d’une taille 38 à une taille 46.
Le problème devient visible parce qu’elle le vit : à mesure que la taille augmente, le choix se réduit. Les vêtements deviennent souvent plus sages, plus spécialisés, parfois simplement absents. Elle décide d’en faire un sujet d’entreprise.
Ne pas vendre une taille. Vendre du désir.
Almé construit son offre du 36 au 54. Le produit n’est pas relégué dans une collection à part. La promesse consiste au contraire à proposer de la mode aux femmes sans transformer leur morphologie en catégorie marketing.
Le numérique permet à la marque de s’adresser directement à cette communauté et de l’intégrer à la conception. La précommande sert notamment à ajuster les volumes et à limiter le stock dormant.
Entre 2020 et 2023, le chiffre d’affaires publié passe de 300 000 euros à environ 10 millions. En 2023, Almé lève 5 millions d’euros pour accélérer, notamment à l’international et dans le physique.
Quand la communauté devient un outil industriel
C’est probablement l’aspect le plus intéressant du modèle. Chez Almé, parler avec les clientes n’est pas seulement une technique de community management. Les retours, les précommandes et les données de vente participent aux décisions de production.
Autrement dit, la communauté ne sert pas seulement à vendre le vêtement : elle contribue à décider quel vêtement mérite d’être produit.
La croissance n’efface pas le risque
L’histoire ne s’arrête pas à la levée de fonds et aux courbes de croissance. Les informations légales publiques consultées en septembre 2026 indiquent qu’Almé est toujours active, dirigée par Emmanuelle Szerer, mais fait l’objet d’une procédure collective en cours.
Ce n’est pas une conclusion à tirer trop vite. C’est un rappel utile : une croissance spectaculaire, une communauté forte et une marque désirable ne rendent pas le commerce de mode simple. Stock, trésorerie, acquisition, production et rythme de développement restent des réalités très matérielles.
La question FADAS
Quand une marque grandit très vite grâce à sa communauté, comment conserve-t-elle cette proximité tout en construisant une entreprise capable d’absorber sa propre croissance ?
Sources principales : Almé, La Tribune, Le Journal des Entreprises, interviews d’Emmanuelle Szerer et informations légales publiques. Informations vérifiées en septembre 2026.