Thomas Huriez — 1083

Fondateur de 1083, Thomas Huriez utilise depuis 2013 le commerce et le numérique comme leviers d’un projet plus vaste : reconstruire une filière textile française.

Fondateur de 1083

Le chiffre 1083 n’a pas été choisi parce qu’il sonnait bien. Il correspond à la distance que la marque utilise comme symbole de sa promesse : fabriquer au plus près, en France.

Mais raconter Thomas Huriez uniquement comme le patron d’une marque de jeans made in France serait passer à côté de l’histoire. Depuis 2013, il essaie surtout de résoudre une question beaucoup plus compliquée : comment refaire fonctionner une industrie qui avait presque disparu ?

En un coup d’œil

Aujourd’hui — Fondateur de 1083, à Romans-sur-Isère
Pourquoi maintenant ? — Après des problèmes de production et d’ERP, 1083 indique avoir retrouvé l’équilibre en 2025 et développe en 2026 un nouveau chapitre mêlant industrie et culture.
Le déclic — Objectif initial : 100 jeans en financement participatif. Résultat : 1 000 vendus selon 1083.
Terrain de jeu — e-commerce · textile · made in France · industrie · circuits courts · marque
Ancrage — Romans-sur-Isère, Drôme
À voir — 1083.fr

Avant le jean, un informaticien devenu commerçant

Thomas Huriez n’arrive pas dans le textile avec une dynastie familiale derrière lui. Lorsqu’il lance 1083 avec son frère Grégoire en 2013, il gère une petite boutique de mode éthique installée dans une maison familiale à Romans-sur-Isère.

Romans n’est évidemment pas un lieu neutre. La ville porte encore la mémoire d’une industrie de la chaussure frappée par les délocalisations.

Thomas Huriez regarde alors un autre vêtement universel : le jean. Il décide d’essayer de relocaliser le maximum d’étapes de sa fabrication dans l’Hexagone.

Cent jeans, pour voir

Le 25 mars 2013, le projet arrive sur Ulule. L’objectif est modeste : vendre 100 jeans. Selon la rétrospective publiée par 1083, près de 1 000 seront finalement vendus.

On pourrait raconter ce moment comme un joli succès de crowdfunding. C’est plus important que cela. Ces commandes constituent une preuve de marché avant la construction de l’outil industriel.

Le numérique permet ici d’agréger suffisamment de consommateurs dispersés géographiquement pour rendre crédible une production locale. L’e-commerce n’est donc pas seulement le canal de vente de 1083. Il fait partie des conditions qui rendent le projet industriel possible.

Maintenant, il faut fabriquer

Et c’est là que les ennuis commencent. Car vendre un jean français est une promesse marketing. Le fabriquer est une chaîne de problèmes.

Il faut retrouver des tisseurs. Des ateliers. Des machines. Des compétences. Des personnes capables de transmettre des gestes que la désindustrialisation a parfois fait disparaître.

Peu à peu, 1083 devient donc autre chose qu’une marque. L’entreprise participe à reconstruire son propre outil de production et revendique aujourd’hui 105 emplois directs.

Quand la belle histoire rencontre un ERP

C’est peut-être la partie la plus intéressante de la trajectoire. Parce qu’une entreprise engagée reste une entreprise.

En 2025, 1083 traverse des problèmes de production et d’ERP. L’entreprise reconnaît publiquement ces difficultés. Début 2026, Thomas Huriez indique que 1083 a retrouvé l’équilibre en 2025 et enregistré des records de ventes en fin d’année.

Ce passage mérite sa place dans la Cour des Grands précisément parce qu’il abîme un peu la success story. Produire localement ne dispense ni d’un système d’information qui fonctionne, ni d’une logistique solide, ni d’un service client capable d’absorber une crise. La conviction n’efface pas l’exécution.

Et maintenant, réindustrialiser les imaginaires

C’est là que l’histoire prend en 2026 un virage inattendu. Thomas Huriez formule un constat : reconstruire des usines ne suffit peut-être pas si une société a perdu l’envie même d’avoir une industrie.

1083 ouvre alors « Mille-Quatre-Vingt-Trois », une galerie d’art au sein de sa boutique parisienne, et revendique explicitement le rapprochement entre culture et industrie.

Ce n’est plus seulement « fabriquons français ». La question devient : comment rendre à nouveau l’industrie désirable ?

Et pour FADAS, c’est là que Thomas Huriez devient plus intéressant que le simple cas d’école du made in France. Parce que son parcours relie des sujets que l’on oppose souvent : numérique et usine, marque et production, e-commerce et territoire, performance et conviction.

La question FADAS

Si l’e-commerce a permis à 1083 de recréer une demande pour du made in France, peut-il maintenant contribuer à recréer une culture industrielle ?


Sources principales : site officiel 1083, histoire de la marque, rétrospective 2013-2025 et publications 2026 sur la galerie et la culture industrielle. Informations vérifiées en septembre 2026.